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Suisses et climat : silence, on vote !





Il y a trois mois, j'expliquais que les Suisses se préparaient à voter sur la lutte contre le réchauffement climatique. A ma connaissance, aucun autre pays démocratique n'a tenu de scrutin sur le sujet. Cet événement - c'est probablement une première mondiale - a lieu dimanche prochain, 13 juin. Le plus étonnant, c'est le silence étourdissant des medias sur ce vote, en dehors bien sûr de la Suisse.


En tout cas, cette information devrait réjouir tous les démocrates de la terre, y compris les prétendus inconditionnels de la démocratie directe, qu'ils soient militants du climat aussi bien que climato-sceptiques, pour qui un vote populaire ne pourrait que confirmer leurs propres positions. Les Suisses peuvent voter, ils vont enfin nous donner raison ! Donnons la parole au peuple, et il votera comme on a toujours dit que le peuple voterait si on lui donnait la parole !


La réalité est un peu plus compliquée. Regardons tout d'abord les faits.



UNE LARGE MAJORITE EN SUISSE EN FAVEUR DE LA LUTTE CONTRE LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE


Il y a en Suisse une large majorité en faveur de la nécessité de contrer le réchauffement climatique. Tout le monde en Suisse est concerné par la montagne, omniprésente dans ce pays alpin, et peut voir directement l'impact du réchauffement climatique sur les glaciers. Les langues des glaciers reculent, même si toutes ne reculent pas tous les ans. La majorité des glaciers sont bien en récession.


Beaucoup de medias se font aussi le relais de la fonte du pergélisol, qui est aussi une réalité, même si moins visible, qui provoque mécaniquement des éboulements, le sol s'érodant par l'alternance gel / eau.


Attention, majorité ne veut pas dire consensus. Le courrier des lecteurs du Club Alpin Suisse (CAS) l'a montré ces dernières années. Le CAS est une association, fondée en 1863, qui compte 150'000 membres, vénérable institution qui a contribué à forger l'identité nationale à la suite de la naissance de l'état fédéral en 1848. Il s'est montré neutre sur la question climatique pendant longtemps, avec le motto "pas de politique chez nous" ! Depuis plusieurs années, un tournant s'est produit avec des prises de position très précises du CAS, en faveur par exemple de l'accord de Paris, ce qui a provoqué de nombreuses réactions de membres de longue date qui décidaient soudain de rendre leur carte de membre. Un déchirement pour ces vieux routiers de la montagne, entre l'attachement à leur activité favorite, et leurs positions sur la cause du réchauffement climatique !


Quoi qu'il en soit, une large majorité existe, au point que personne n'a contesté par referendum l'adhésion de la Suisse au protocole de Kyoto, puis à l'accord de Paris. Le conseil fédéral et le parlement ont eu les coudées franches sur le sujet, à travers les mécanismes de la démocratie représentative, par opposition à la démocratie directe qui s'exerce à travers les referendums.


Beaucoup de gens en France ou dans d'autres pays aimeraient recourir à la démocratie directe, pour, au choix, clouer le bec aux climato-sceptiques, ou au contraire arrêter le mouvement impulsé par le GIEC. Mais ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit.


Non ; la démocratie directe intervient maintenant pour décider du degré et de la vitesse de l'action contre le réchauffement climatique, la décision d'agir étant déjà actée.



TROIS MANIERES DE SE PRONONCER


Et la manière de lutter contre le réchauffement climatique va pouvoir se décider non pas sur un vote, mais sur au moins trois. Le vote de ce dimanche sur la loi CO2, sera suivi en 2022 ou 2023 sur un vote sur le même sujet, ou deux projets seront décidés, l'un déposé par un comité référendaire, l'autre déposé par le conseil fédéral. Explication:


  1. la révision de la loi climat, plus contraignante que la loi existante de 2012, était quasiment enterrée en 2018, la majorité de droite du parlement ayant bloqué les mesures qui risquaient d'impacter la croissance, notamment au travers de hausses d'impôts;

  2. à la suite de l'énorme succès du mouvement de la grève pour les climats, le personnel politique a senti le vent tourner et a fini par adopter la loi, qui inclut l'objectif de 50% de réduction de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990;

  3. entre temps, un comité référendaire s'était constitué et avait commencé à récolter des signatures. La vote de la loi climat ne l'a pas convaincu, et il a maintenu son initiative (dite "pour les glaciers");

  4. le conseil fédéral, soucieux de proposer une alternative moins contraignante, a déposé une contre-projet direct, permettant d'atteindre l'objectif de manière un peu plus flexible.


La loi CO2, l'initiative pour les glaciers, et son contre-projet, soutiennent donc le même but : se mettre en conformité avec les engagements pris à la suite de l'accord de Paris. Comme on peut le voir, il ne s'agit pas de se défiler : tout le monde est d'accord sur l'objectif !


La Loi CO2 veut imposer davantage de taxes (sur les billets d'avion, sur le mazout, pour les importateurs de carburants fossiles...) et dépenser une partie de cet argent dans des mesures de décarbonement. L'initiative pour les glaciers veut l'interdiction totale des combustibles fossiles ainsi que l'installation de puits de carbone sur le territoire suisse pour compenser les émissions restantes, alors que le conseil fédéral dans son contre-projet souhaite arriver au même résultat pas d'autres moyens sans interdire complètement les combustibles fossiles, comme par exemple le financement de puits de carbone dans d'autres pays.


Donc le choix est entre :


- le statu quo (c'est-à-dire revenir sur l'adhésion à l'accord de Paris) en votant non à la loi CO2 ainsi qu'au projet et au contre-projet sur les glaciers, en arguant du fait que la Suisse est déjà peu émettrice de gaz à effet de serre, notamment grâce à l'énegie hydro-électrique.


- la confirmation de l'accord de Paris, et donc l'accélération des mesures, mais de manière flexible, laissant la part à une approche pragmatique "à la Suisse", en votant non à l'initiative sur les glaciers mais oui au contre-projet.


- la marche avant toute en accélérant le mouvement de manière contraignante, de manière à s'assurer que les objectifs seront effectivement tenus, en votant pour l'initiative et contre le contre-projet.


On pourra voter à la fois pour le projet et le contre-projet, mais une question subsidiaire du type "en cas d'acceptation des deux, lequel souhaitez-vous voir mettre en place" départagera les deux textes.


Les lecteurs les plus attentifs auront remarqué que la Suisse reviendra en arrière seulement si les trois votes sont négatifs. Un seul vote positif suffira à confirmer la voie choisie par l'exécutif et le législatif, à savoir les accords de Paris et l'engagement à atteindre la neutralité carbone en 2050.



CONCLUSION


Les pays voisins feraient bien de s'inspirer des Suisses ! Plutôt qu'essayer d'imposer des mesures en supposant l'assentiment de la population, on s'apercevrait peut-être que les citoyens savent faire preuve de bon sens et se mettre d'accord sur les solutions. Au lieu de cela, la France, L'Allemagne, l'Espagne, s'emploient à construire des éoliennes à tour de bras, en serrant les fesses pour que le rejet par une partie de la population ne devienne pas ingérable...











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