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  • Kdix

Vite, un anti-mites contre le mitage du territoire !

Mis à jour : mars 7


Tous les 10 ans, un département français disparaît sous le béton... Chaque jour, l'équivalent de huit terrains de foot sont bétonnés en Suisse... Horreur ! Vite une loi ! Changeons la constitution !


Les Français ne peuvent pas (encore) voter, mais les Suisses le peuvent, et environ la moitié d'entre eux (le taux de participation aux votations populaires se situe habituellement entre 45% et 50%) vont mettre leur bulletin dans l'urne le 10 février prochain, pour décider de la question suivante :


Acceptez-vous l’initiative populaire « Stopper le mitage – pour un développement durable du milieu bâti (initiative contre le mitage) » ?


De quoi parle-t-on exactement ? Comme dans tout débat, il est bon de placer la question dans son contexte. D'après l'Office Fédéral de la Statistique, le sol en Suisse en 2009 était occupé à 36% par l'agriculture, à 31% par les bois et forêts, à 25.5% par les montagnes, lacs, marais et friches, et à 7.5% par l'habitat, l'industrie et les transports.


Vingt-quatre ans auparavant, ces 7.5% étaient 6%. Voilà le fond du sujet. Les journaux titrent "l'artificialisation des sols a augmenté d'un quart en 25 ans". L'arithmétique est correcte : 1.5% de plus représente bien un quart de 6%. Ce qui fait environ 1% par an.


Mais tous ces sols sont-ils artificialisés ? Loin de là. Environ 40% de ces surfaces sont en fait des surfaces vertes, non imperméabilisées. Jardins particuliers, parcs, bordures de routes, terrains de golf... Tous ces terrains contribuent à la biodiversité. Que l'on pense seulement aux hérissons de nos haies ! Les terrains imperméabilisés représentent donc environ 60% de 7.5%, soit 4.5%. Cela veut dire que sur 22 mètres carrés de terrain, 1,7 mètre carré est consacré aux villes, villages, bureaux, industries et routes, dont 1 mètre carré bétonné.


L'initiative "stop au mitage du territoire", comme on l'appelle communément, a été lancée par les Verts, et a recueilli les 100'000 signatures requises (113'000 en tout) en octobre 2016. Après étude et avis du conseil fédéral puis du parlement, qui disposaient chacun de 12 à 18 mois, l'initiative est donc tout naturellement arrivée dans les boîtes aux lettres de tous les citoyens suisses, pour être tranchée le 10 février.


Au-delà des manchettes alarmantes des journaux, l'expansion des surfaces bétonnées reste néanmoins un problème, sous peine de voir se réduire dans quelques générations les surfaces consacrées à l'agriculture et à la forêt, nécessaires à l'alimentation et à la biodiversité. Les Suisses, en peuple bien organisé, ont déjà pris le problème à bras le corps à travers diverses lois, dont la révision de la Loi d'Aménagement du Territoire (LAT) adoptée par votation populaire en 2013 avec 63% des voix. Cette loi contraint les cantons à utiliser les zones à bâtir et les friches industrielles existantes plutôt que d'en créer de nouvelles. Alors pourquoi une nouvelle votation?


Les initiants veulent aller plus fort, non à travers la loi mais en changeant la constitution, en y inscrivant le principe qu'aucune zone à bâtir ne peut être créée si une surface équivalente n'est pas retournée à l'agriculture ou à la forêt. Ce qui aurait pour effet de geler toute évolution des zones à bâtir en créant une contrainte excessive. Les besoins ne correspondraient plus à la demande, les prix des loyers augmenteraient dans les zones tendues, bref les cantons et les communes perdraient toute flexibilité pour organiser et adapter leur développement.


Moralité : à vouloir trop bien faire, on arrive au résultat inverse ! Les besoins en infrastructure sont criants : maisons individuelles, écoles, installations sportives, routes et autoroutes, sans compter les cimetières ou les terrains de camping... sachant que la population suisse croît d'environ 1% par an. Quel élu local ne demande pas le raccordement de sa commune aux principaux axes routiers ? Combien de citadins souhaiteraient occuper un logement un peu plus grand ?


Comme par hasard, l'extension des surfaces artificielles est concentrée sur les principaux centres de population en Suisse : l'axe Genève - Lausanne, et l'espace entre Zürich et Olten. A 7.5% et avec une croissance inférieure à 1% par an, où est l'urgence ? Ne vaut-il pas mieux faire confiance à la loi et à la concertation ?


Mais les statistiques peuvent être présentées de manière frappante, et il n'est pas dit que les Suisses ne se laissent pas emporter par cet argument : chaque seconde, un mètre carré est bétonné en Suisse. Ce qui n'est pas tout à fait vrai, le chiffre étant plutôt de 0,4 mètre carré par seconde. Mais finalement peu importe. Interdisons les villas individuelles, comme le suggérait récemment le co-président des Jeunes Verts de Suisse...













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